ANTIDATE/ 8 JUILLET 2026

L'Afrique de l'Est pourrait bientôt franchir une étape décisive dans son développement énergétique. Le groupe Dangote, géant industriel nigérian, a confirmé l'avancement de son projet de construction d'une raffinerie de pétrole de grande capacité au Kenya.

Si cette infrastructure voit le jour, elle pourrait profondément transformer l'approvisionnement régional en carburants raffinés, dans une zone où la demande énergétique progresse rapidement sous l'effet de l'urbanisation, de l'industrialisation et de la croissance des transports.

Selon des informations rapportées par Reuters, le groupe dirigé par Aliko Dangote prévoit de financer ce projet grâce à une combinaison de ressources propres, d'émissions obligataires et d'une future introduction en Bourse.

Ces précisions apportent davantage de visibilité à une initiative qui suscite un intérêt croissant depuis plusieurs mois dans le secteur énergétique africain.

Un projet stratégique désormais bien avancé

Le vice-président de Dangote Industries chargé du pétrole et du gaz, Edwin Devakumar, a indiqué que plusieurs étapes préparatoires étaient déjà engagées. « Le site a été sélectionné, les tests de sol sont en cours, et les travaux de conception et d’ingénierie ont commencé. Le Kenya était le choix depuis le départ », a-t-il déclaré.

Selon les responsables du groupe, la future installation serait implantée sur l'île de Lamu, au large de la côte kényane.

Ce choix repose notamment sur les infrastructures portuaires existantes, les perspectives logistiques et le potentiel de desserte des marchés voisins.

La raffinerie afficherait une capacité de traitement de 700 000 barils de pétrole par jour, ce qui en ferait l'une des plus importantes infrastructures de raffinage du continent africain.

La durée des travaux est estimée à environ trois ans, sous réserve de la mobilisation des financements et du respect du calendrier technique.

Un financement à plusieurs niveaux

Pour concrétiser cet investissement colossal, Dangote Industries envisage une stratégie financière diversifiée. Le groupe prévoit de mobiliser sa trésorerie interne tout en recourant aux marchés financiers à travers des émissions obligataires.

Une introduction en Bourse figure également parmi les options destinées à compléter le financement de cette infrastructure. À ce stade, aucune répartition précise entre ces différentes sources n'a été communiquée. Le coût global du projet n'a pas non plus été officiellement dévoilé.

Toutefois, Edwin Devakumar a indiqué qu'il devrait être comparable à celui de la raffinerie de Lekki, au Nigeria.

Cette dernière, entrée en exploitation en 2024, dispose actuellement d'une capacité de 650 000 barils par jour, avec un objectif d'extension pouvant atteindre 1,4 million de barils quotidiens.

Sa construction a nécessité un investissement supérieur à 20 milliards de dollars, soit plus de 17,5 milliards d'euros. Cette comparaison donne une idée de l'ampleur financière du futur complexe kényan.

Pourquoi le Kenya a finalement été retenu

Ces derniers mois, plusieurs spéculations évoquaient une possible implantation du projet en Tanzanie.

La ville portuaire de Tanga figurait parmi les sites étudiés avant que Dangote Industries ne privilégie finalement le Kenya.

Selon les responsables du groupe, plusieurs critères ont pesé dans cette décision, notamment la qualité des infrastructures existantes, les facilités logistiques offertes par le port de Lamu ainsi que les perspectives de développement du marché régional.

Le Kenya constitue également un point d'accès stratégique vers plusieurs pays d'Afrique de l'Est fortement dépendants des importations de produits pétroliers raffinés.

Un levier pour renforcer la sécurité énergétique régionale

Aujourd'hui, la majorité des pays d'Afrique de l'Est importent encore l'essentiel de leurs carburants déjà raffinés.

Cette dépendance expose les économies de la région aux fluctuations des prix internationaux, aux perturbations logistiques et aux tensions sur les chaînes d'approvisionnement.

L'arrivée d'une raffinerie capable de produire localement de grandes quantités d'essence, de diesel, de kérosène ou encore de fioul pourrait contribuer à réduire cette vulnérabilité.

Une telle infrastructure offrirait également des opportunités en matière d'industrialisation, de création d'emplois qualifiés et de développement des activités portuaires, logistiques et pétrochimiques.

Un projet ambitieux qui devra relever plusieurs défis

Malgré son potentiel, le succès de cette future raffinerie dépendra de plusieurs facteurs essentiels. L'installation devra bénéficier d'un approvisionnement régulier en pétrole brut afin de fonctionner à pleine capacité.

Elle devra également produire des carburants à des coûts suffisamment compétitifs pour concurrencer les importations en provenance du Moyen-Orient, d'Asie ou d'autres régions productrices.

La réussite du projet reposera aussi sur le développement d'infrastructures de transport performantes, capables d'acheminer efficacement les produits raffinés vers les marchés du Kenya et des pays voisins.

Si ces conditions sont réunies, cette méga-raffinerie pourrait modifier durablement le paysage énergétique de l'Afrique de l'Est.

En renforçant les capacités locales de raffinage, Dangote Industries ambitionne non seulement de répondre à une demande régionale en forte croissance, mais aussi de contribuer à une plus grande autonomie énergétique du continent africain, dans un contexte où les investissements stratégiques dans les infrastructures demeurent un levier majeur de développement économique.