ANTIDATE / 30 JANVIER 2026

Le Danemark franchit une nouvelle étape dans le durcissement de sa politique migratoire. Le gouvernement dirigé par la Première ministre Mette Frederiksen a dévoilé une série de mesures visant à renforcer la lutte contre la criminalité impliquant des ressortissants étrangers.

Au cœur de cette réforme figure une disposition majeure : l'expulsion deviendra désormais le principe pour les étrangers condamnés à une peine d'au moins un an de prison ferme pour des crimes considérés comme graves.

Cette décision, présentée par la coalition gouvernementale composée des sociaux-démocrates, des libéraux et des Modérés, s'inscrit dans une stratégie plus large de contrôle de l'immigration et de renforcement de la sécurité intérieure.

Elle intervient également alors que Copenhague plaide, avec Londres, pour une révision de la Convention européenne des droits de l'homme (CEDH).

Une expulsion qui devient la règle

Selon les nouvelles orientations dévoilées par le ministère danois de l'Immigration, les étrangers condamnés à une peine d'au moins un an d'emprisonnement pour des infractions graves devront, en principe, être expulsés du territoire.

Les autorités citent notamment les violences aggravées et les viols parmi les crimes concernés par cette mesure. Jusqu'à présent, les juridictions danoises devaient tenir compte de plusieurs obligations découlant des conventions internationales, notamment celles relatives au respect de la vie privée et familiale.

Ces garanties pouvaient conduire, dans certaines situations, à empêcher une expulsion malgré une condamnation pénale.

Avec cette réforme, le gouvernement souhaite faire de l'éloignement du territoire la réponse par défaut pour les auteurs étrangers de crimes graves, tout en maintenant le respect du cadre juridique applicable.

Mette Frederiksen défend un changement de cap

En présentant cette réforme, la Première ministre Mette Frederiksen a assumé une ligne particulièrement ferme.

« Il est juste et nécessaire que les pays européens puissent évidemment s'asseoir autour d'une table et dire que nous préférons protéger nos pays plutôt que de protéger des délinquants », a-t-elle déclaré lors d'une conférence de presse.

La cheffe du gouvernement estime que le contexte migratoire actuel diffère profondément de celui qui prévalait lors de l'adoption des textes internationaux encadrant la protection des droits fondamentaux.

« Je ne pense pas que, lorsque les règles internationales ont été rédigées, on ait imaginé que quelqu'un fuirait le Moyen-Orient pour venir dans le meilleur pays du monde, puis commencerait à violer des filles et des femmes », a-t-elle affirmé.

Elle a poursuivi en ajoutant : « À l'époque, on n'avait absolument pas envisagé que la victime deviendrait auteur d'infractions. Et je peux vous assurer que, malheureusement, beaucoup d'entre eux le sont devenus. »

Ces déclarations illustrent la volonté du gouvernement danois de placer les questions de sécurité au cœur de sa politique migratoire.

Une réforme qui relance le débat sur la CEDH

Au-delà de ses frontières, le Danemark souhaite également faire évoluer le cadre juridique européen. Ces derniers mois, Copenhague et Londres ont appelé les États européens à engager une réflexion sur la Convention européenne des droits de l'homme, estimant que certaines de ses dispositions compliquent les politiques nationales d'expulsion des étrangers condamnés.

Pour les autorités danoises, les États doivent disposer d'une plus grande marge de manœuvre afin de protéger leur sécurité intérieure tout en appliquant leurs décisions de justice.

Cette position alimente un débat sensible en Europe, où plusieurs gouvernements cherchent à concilier lutte contre la criminalité, maîtrise des flux migratoires et respect des engagements internationaux en matière de droits humains.

Des chiffres qui motivent le gouvernement

Les statistiques officielles du ministère de l'Immigration montrent que, jusqu'à présent, environ 70 % des étrangers condamnés à une peine d'au moins un an de prison pour des crimes graves étaient effectivement expulsés.

Le gouvernement considère que ce taux reste insuffisant et souhaite réduire les situations dans lesquelles des condamnés peuvent demeurer sur le territoire malgré une décision judiciaire. L'objectif affiché est de rendre le dispositif plus cohérent et plus systématique.

Retour volontaire et contrôle renforcé

Le projet présenté par l'exécutif ne se limite pas aux expulsions automatiques.

Le gouvernement rappelle que les réfugiés doivent, selon sa doctrine, bénéficier d'une protection temporaire avant de pouvoir retourner dans leur pays lorsque les conditions le permettent.

Dans cette logique, les dispositifs encourageant le retour volontaire seront renforcés. Par ailleurs, les règles applicables dans les centres de départ seront durcies.

Les étrangers qui ne respecteraient pas leurs obligations de pointage pourront être contraints de porter un bracelet électronique afin d'assurer un meilleur suivi administratif.

Enfin, le Danemark prévoit de rouvrir une ambassade en Syrie et de développer une coopération avec l'Afghanistan afin de faciliter certaines démarches liées aux retours.

Sauf modification du calendrier législatif, cette réforme devrait entrer en vigueur à partir du 1er mai, marquant une nouvelle étape dans la politique migratoire danoise et relançant les débats sur l'équilibre entre sécurité, souveraineté nationale et protection des droits fondamentaux en Europe.