ANTIDATE /7 JUILLET 2026
L'affaire du faux décret présidentiel continue d'alimenter les débats au Cameroun. Près de trois semaines après la tentative de diffusion d'un document présenté comme un décret de nomination à la CRTV, le magazine Jeune Afrique a publié de nouveaux éléments sur les circonstances de cette affaire qui fait toujours l'objet d'investigations des services compétents.
Dans son analyse, le média panafricain revient sur le rôle présumé de plusieurs protagonistes, les premières conclusions des enquêteurs ainsi que les différentes hypothèses évoquées autour de ce dossier sensible.
À ce stade, les autorités camerounaises n'ont rendu publique aucune conclusion définitive et les investigations se poursuivent.
Une affaire née d'un faux décret présidentiel
Selon Jeune Afrique, les faits remontent au 12 juin 2026. Ce jour-là, un homme identifié comme Johann Sitchom se présente au siège de la Cameroon Radio Television (CRTV) avec une enveloppe contenant deux documents présentés comme des décrets signés par le président de la République.
Le premier annonçait la nomination d'un vice-président de la République, tandis que le second portait sur un remaniement gouvernemental. Toujours selon le magazine, ces textes devaient être diffusés lors du journal télévisé de 17 heures.
L'opération n'ira cependant pas à son terme. Des responsables de la télévision nationale auraient rapidement relevé plusieurs irrégularités, entraînant la suspension de la procédure avant toute diffusion.
Une enquête confiée aux services spécialisés
Le dossier a immédiatement été transmis aux autorités compétentes. Jeune Afrique indique que les investigations sont conduites par le Secrétariat d'État à la Défense (SED) et la Direction de la sécurité présidentielle (DSP), sur instruction du président Paul Biya.
Le suivi administratif de cette affaire serait coordonné à Yaoundé par le secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh.
L'objectif des enquêteurs est notamment d'établir les circonstances exactes de la fabrication du document, son origine ainsi que les éventuelles responsabilités des personnes impliquées.
Le parcours de Johann Sitchom au cœur des investigations
Dans son article, Jeune Afrique s'intéresse également au profil de Johann Sitchom. Le magazine rapporte que sa mère, entendue par les enquêteurs, aurait expliqué que son fils souffrirait de troubles dépressifs depuis plusieurs années.
Elle affirme également qu'une tierce personne aurait profité de sa vulnérabilité présumée pour lui demander de télécharger une application permettant de récupérer un décret authentique, d'en conserver le cachet et la signature avant d'en modifier le contenu.
Toujours selon cette version rapportée par le média, Johann Sitchom se serait ensuite rendu à la CRTV en affirmant agir au nom de la présidence de la République.
Ces déclarations n'ont, à ce stade, pas fait l'objet d'une confirmation officielle des autorités judiciaires.
Des versions qui évoluent au fil des auditions
Le magazine souligne que les déclarations attribuées à Johann Sitchom auraient évolué au cours des interrogatoires.
Dans un premier temps, il aurait indiqué avoir reçu un document déjà complété. Par la suite, il aurait affirmé avoir lui-même renseigné certaines informations après avoir obtenu les outils nécessaires à la modification du décret.
Ces éléments font partie des points que les enquêteurs cherchent encore à éclaircir afin d'établir précisément la chronologie des faits.
Le nom d'Oswald Baboke cité dans le dossier
L'une des révélations de Jeune Afrique concerne le contenu du faux décret. Le média affirme, en citant des sources ayant consulté le rapport d'enquête, que le document aurait finalement mentionné Oswald Baboke, directeur adjoint du Cabinet civil de la présidence, comme personnalité appelée à exercer les fonctions de vice-président.
À ce stade, aucune communication officielle des autorités n'est venue confirmer publiquement cette information.
Le magazine précise également que plusieurs rapports des services de renseignement évoqueraient différentes hypothèses sur les motivations ayant conduit à la confection de ce faux document, sans qu'aucune conclusion définitive ne soit encore arrêtée.
Les proches d'Oswald Baboke dénoncent un complot
Face aux nombreuses spéculations, les proches d'Oswald Baboke contestent toute implication de ce dernier.
Toujours selon Jeune Afrique, ils estiment que leur proche ferait l'objet d'une manœuvre destinée à l'associer artificiellement à cette affaire dans un contexte politique particulièrement sensible.
Ils réfutent également les affirmations selon lesquelles la mère de Johann Sitchom fréquenterait l'église d'Oswald Baboke ou entretiendrait des relations avec lui.
Le magazine évoque par ailleurs une visite effectuée par cette dernière au domicile d'Oswald Baboke quelques jours après l'arrestation de son fils.
Cette rencontre, qui aurait été documentée par les services de renseignement, figure parmi les éléments examinés dans le cadre de l'enquête.
Les proches du directeur adjoint du Cabinet civil considèrent cependant que cette démarche s'inscrirait dans une tentative de le compromettre et soutiennent qu'il n'existe aucun lien personnel entre lui et la famille de Johann Sitchom.
Une enquête toujours en cours
Plusieurs protagonistes pourraient encore être entendus par les enquêteurs afin de clarifier les circonstances de cette affaire.
Les investigations devront notamment permettre de déterminer l'origine exacte du faux décret, les éventuelles complicités ainsi que les motivations des personnes impliquées.
En attendant les conclusions officielles, l'affaire Baboke demeure l'un des dossiers les plus suivis de l'actualité politique camerounaise.
Les informations publiées par Jeune Afrique apportent de nouveaux éclairages, mais elles s'inscrivent dans un contexte d'enquête toujours en cours.
En l'absence de décision judiciaire définitive, les différentes versions rapportées doivent être considérées comme des éléments d'information susceptibles d'être confirmés, nuancés ou infirmés par les autorités compétentes au fil des investigations.



