ANTIDATE / 7 JUILLET 2026

L’intégration économique du continent africain poursuit sa progression. Porté par la montée en puissance de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), le commerce entre pays africains a enregistré une nouvelle croissance en 2025.

Mais derrière cette dynamique positive se cache une réalité contrastée : une poignée d’États concentre l’essentiel des échanges, tandis que plusieurs économies restent encore marginales dans le commerce continental.

C’est ce que révèle le rapport « African Trade Report 2026 : Leveraging Geopolitics for Trade and Industrialisation in Global Africa », publié par la Banque africaine d’import-export (Afreximbank).

Le document met en évidence le rôle moteur de l’Afrique du Sud, de la République démocratique du Congo (RDC) et de la Côte d’Ivoire, qui dominent largement les échanges de marchandises à l’intérieur du continent.

L’Afrique du Sud conserve son statut de locomotive commerciale

Avec 19,2 % de l’ensemble des échanges intra-africains, l’Afrique du Sud reste, de loin, le principal acteur du commerce continental. Son économie diversifiée continue de faire de ce pays le premier fournisseur de biens manufacturés et industriels vers les autres marchés africains.

En 2025, Pretoria a importé pour 10,04 milliards de dollars de marchandises en provenance d’autres pays africains, tout en exportant près de 31,1 milliards de dollars vers le continent.

Ses importations concernent principalement le pétrole brut, le charbon, les métaux précieux, l’électricité, les produits textiles ainsi que des denrées alimentaires transformées comme le sucre et les confiseries.

À l’inverse, ses exportations reposent sur une offre beaucoup plus diversifiée comprenant des carburants, des véhicules, des machines industrielles, des équipements électriques, des produits sidérurgiques, des plastiques et des céréales.

Cette capacité à exporter des produits à forte valeur ajoutée confirme la place stratégique de l’Afrique du Sud dans les chaînes de valeur africaines.

La RDC s’impose comme un acteur incontournable

Deuxième du classement avec 6,74 % des échanges intra-africains, la République démocratique du Congo confirme sa montée en puissance économique.

Cette progression s’explique par plusieurs facteurs : un territoire immense, une population dépassant désormais les 100 millions d’habitants, une abondance de ressources naturelles et une position géographique qui en fait un carrefour entre plusieurs régions du continent.

L’Afrique du Sud demeure le principal partenaire commercial africain de Kinshasa, notamment pour les importations. Les échanges entre les deux pays contribuent largement à renforcer le poids de la RDC dans le commerce continental.

La Côte d’Ivoire confirme son leadership en Afrique de l’Ouest

Avec une part de 4,83 %, la Côte d’Ivoire complète le podium des champions du commerce intra-africain. Le pays s’appuie sur son intégration au sein de l’UEMOA et de la CEDEAO pour consolider sa position de plateforme commerciale régionale.

Longtemps reconnue pour ses exportations de cacao, de noix de cajou, de caoutchouc et d’huile de palme, la Côte d’Ivoire accélère désormais la transformation locale de ses matières premières.

Cette stratégie de création de valeur renforce progressivement son statut de pôle agro-industriel en Afrique de l’Ouest. Ses principaux débouchés restent les pays voisins, notamment le Mali, le Burkina Faso, le Ghana et le Nigeria.

L’Afrique du Sud et le Maroc constituent également des partenaires stratégiques facilitant l’accès aux marchés d’Afrique australe et d’Afrique du Nord. En matière d’importations, Abidjan se fournit principalement en produits pétroliers raffinés, machines, ciment, céréales et produits alimentaires auprès de pays comme l’Égypte, le Nigeria, le Maroc, le Ghana ou encore l’Afrique du Sud.

Dix pays concentrent près de 60 % des échanges africains

Le rapport met en évidence une forte concentration des flux commerciaux. Après les trois premiers figurent l’Ouganda (4,48 %), le Maroc (4,46 %), l’Égypte (4,35 %), la Zambie (4,33 %), le Nigeria (4,22 %), le Zimbabwe (3,64 %) et la Namibie (3,46 %).

À eux seuls, ces dix pays représentent près de 60 % (59,75 %) de l’ensemble du commerce intra-africain, illustrant le poids de quelques grandes économies dans les échanges continentaux. À l’opposé, plusieurs États demeurent très peu présents dans les flux commerciaux africains.

La Libye affiche une contribution nulle, tandis que l’Érythrée, les Comores, le Cap-Vert, la Guinée-Bissau, Sao Tomé-et-Principe, les Seychelles et la Sierra Leone enregistrent des parts inférieures à 0,2 %.

La ZLECAf stimule les échanges malgré un contexte mondial tendu

Selon Afreximbank, les échanges commerciaux entre pays africains ont atteint 213,8 milliards de dollars en 2025, soit une progression de 5,47 % par rapport à l’année précédente.

Cette évolution est principalement attribuée à la mise en œuvre progressive de la ZLECAf, au renforcement des politiques commerciales nationales ainsi qu’à l’amélioration des infrastructures de transport et de logistique sur le continent.

Dans le même temps, le commerce total de l’Afrique avec le reste du monde a poursuivi sa croissance. Les échanges globaux, intra et extra-africains confondus, ont atteint environ 1 500 milliards de dollars, en hausse de 6,1 % sur un an.

Cette performance a été enregistrée malgré un environnement international marqué par les tensions géopolitiques, les conflits régionaux et les guerres commerciales. La progression des prix des produits agricoles, des minerais et des métaux précieux a également soutenu cette dynamique.

Les exportations africaines ont atteint 685,2 milliards de dollars, en hausse de 6,2 %, tandis que les importations se sont élevées à 781,5 milliards de dollars, soit une augmentation de 6 %.

Le déficit commercial du continent s’est ainsi creusé à 96,3 milliards de dollars, contre 91,9 milliards un an plus tôt.

Ces résultats illustrent les progrès de l’intégration économique africaine, mais rappellent aussi que la diversification industrielle, la transformation locale des matières premières et l’élargissement de la participation de tous les pays aux échanges régionaux demeurent des défis majeurs pour faire de la ZLECAf un véritable moteur de croissance durable à l’échelle du continent.