ANTIDATE / 3 JUILLET 2026
Le gouvernement camerounais franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de développement agricole avec un investissement de plus de 4 milliards de FCFA destiné à moderniser l'Upper Noun Valley Development Authority (UNVDA), principal acteur de la riziculture dans les plaines de Ndop, dans la région du Nord-Ouest.
Le 2 juillet 2026, le ministre de l'Agriculture et du Développement rural, Gabriel Mbairobe, accompagné du président du Conseil régional du Nord-Ouest, Pr Fru Angwafo III, s'est rendu sur le site afin de constater la mise en service de nouveaux équipements industriels destinés à renforcer les capacités de production et de transformation du riz local.
L'ambition affichée est particulièrement élevée : faire passer la production annuelle de l'UNVDA de 21 000 tonnes à 100 000 tonnes, soit une progression de près de cinq fois le niveau actuel
Une usine modernisée pour accompagner la montée en puissance
Les nouvelles installations constituent une avancée majeure pour cette entreprise publique longtemps confrontée à un outil industriel vieillissant.
Les équipements disposent désormais d'une capacité de traitement pouvant atteindre 20 tonnes de riz paddy par heure, ce qui devrait considérablement accélérer les opérations de décorticage.
Cette modernisation promet plusieurs bénéfices : une meilleure qualité du riz commercialisé, une réduction des pertes lors de la transformation ainsi qu'une capacité accrue à absorber les récoltes des producteurs de la région.
Toutefois, cette montée en gamme industrielle ne garantit pas automatiquement une explosion de la production agricole. Pour atteindre l'objectif fixé, il faudra produire davantage de paddy avant même de pouvoir le transformer.
Le véritable défi reste dans les champs
L'avenir du projet repose largement sur la capacité du Cameroun à développer les superficies effectivement cultivées dans les plaines de Ndop.
Si cette zone dispose d'un important potentiel agricole, toutes les terres ne sont pas encore aménagées pour la riziculture.
Le développement des systèmes d'irrigation, la mise à disposition de semences performantes, l'accès aux engrais, la mécanisation des exploitations ainsi que l'entretien des pistes rurales demeurent des conditions essentielles pour soutenir une hausse durable des récoltes.
Le ministère de l'Agriculture lui-même reconnaît que plusieurs obstacles continuent de freiner la compétitivité de la filière.
Parmi eux figurent les pertes post-récolte, la vétusté des infrastructures de stockage, le coût élevé des intrants agricoles, le déficit en semences à haut rendement ainsi que l'insuffisance des périmètres irrigués.
Autrement dit, les nouveaux équipements constituent une partie de la solution, mais ils ne régleront pas à eux seuls les difficultés structurelles auxquelles fait face la production nationale de riz.
Réduire une dépendance coûteuse aux importations
L'enjeu dépasse largement les frontières de Ndop. Le Cameroun demeure fortement dépendant du riz importé pour satisfaire la consommation nationale.
Selon les chiffres de l'Institut national de la statistique (INS), les importations de céréales ont représenté 466,9 milliards de FCFA en 2025, soit 8,9 % des dépenses totales d'importation du pays.
Dans cet ensemble, le riz occupe toujours la première place avec une facture estimée à 268,7 milliards de FCFA, même si celle-ci affiche un recul de 15,6 % par rapport à l'année précédente.
À travers la modernisation de l'UNVDA, les autorités souhaitent donc accroître la disponibilité du riz produit localement, réduire progressivement les achats à l'étranger et renforcer la souveraineté alimentaire du pays.
Cette initiative s'inscrit pleinement dans la politique nationale d'import-substitution, dont l'objectif est, selon le Minader, d'« accroître la productivité, la production et la compétitivité des produits agricoles ».
Les producteurs attendent des mesures concrètes
Sur le terrain, les agriculteurs accueillent favorablement l'arrivée de ces nouveaux équipements. Ils espèrent des délais de transformation plus courts, une meilleure valorisation de leurs récoltes et un accès facilité aux infrastructures industrielles.
Mais leurs attentes vont bien au-delà des installations techniques. Le prix d'achat du paddy, la disponibilité régulière des engrais, l'accès aux semences de qualité, la mécanisation des exploitations ainsi que la capacité de l'UNVDA à acheter rapidement les récoltes restent des préoccupations majeures pour les producteurs.
Sans réponses à ces questions, les performances industrielles risquent de ne pas produire tous les effets attendus sur le revenu des exploitants.
Le contexte sécuritaire, un facteur à ne pas négliger
Le projet évolue également dans un environnement particulier. Depuis plusieurs années, la région du Nord-Ouest est affectée par la crise sécuritaire qui touche les régions anglophones. Même si Ndop conserve un fort potentiel agricole, les déplacements des producteurs, l'acheminement des intrants et le transport du riz vers les marchés restent tributaires de l'évolution de la situation sur le terrain. La présence du président du Conseil régional aux côtés du ministre traduit ainsi la volonté des pouvoirs publics d'inscrire cette relance agricole dans une dynamique territoriale plus large. Un pari économique encore à confirmer L'investissement de plus de 4 milliards de FCFA marque incontestablement une étape importante pour l'UNVDA et pour la riziculture camerounaise. La modernisation de l'outil industriel constitue un levier essentiel afin d'améliorer les performances de la filière. Néanmoins, le véritable succès se mesurera à la capacité du pays à transformer cette avancée technique en une augmentation effective des récoltes, en une amélioration des revenus des producteurs et en une offre locale capable de concurrencer durablement le riz importé. L'objectif des 100 000 tonnes par an apparaît aujourd'hui comme une ambition forte. Sa concrétisation dépendra désormais de la capacité des différents acteurs à lever simultanément les défis agricoles, économiques, logistiques et sécuritaires qui entourent la relance du riz de Ndop.



